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Bare Wires  John Mayall    

LP Année : 1968 Label : Deram

commentaires :  D'abord pas de panique chez les fans de punk-rock ou d'electronica déviante, je ne vais pas vous faire l'historique de John Mayall et du "blues-rock" anglais (probablement d'ailleurs qu'un certain nombre des millions de lecteurs affamés de cette chronique ont déjà quitté l'écran rien qu'à l'évocation de ce terme, voire pour les moins curieux à la vision des pochettes). John Mayall donc. Sa position incontournable de catalyseur (à l'instar d'un Alexis Korner) dans l'émergence de la scène British Blues du milieu des 60s ; sa parfaite assimilation des racines blues-jazz-r'n'b ; "l'école" Bluesbreakers (son collectif, dirigé avec vision musicale et pragmatisme économique) où sont passés les 6 cordes du Clapton post-Yardbirds pré-chiant, du Peter Green pré-Fleetwood Mac période anglaise (ou d'avant la coke), du jeune "surdoué" Mick Taylor pré-essoreuse Stones, tout ce petit monde allant devenir les dinosaures que l'on sait ; son rôle de passeur encyclopédique pour le public blanc vers le blues électrifié afro-américain, blah blah blah …; tout ceci est parfaitement documenté ailleurs en long, large et travers, dont acte.
Ce qui m'a "toujours" intéressé avec Mayall, c'est plus le côté expérimentateur qu'il a tenté de développer à partir de l'idiome blues traditionnel et dont les trois albums sus-cités - auxquels on peut rajouter l'excellent The Turning Point (1969) - illustrent plusieurs facettes. Loin de s'enfermer dans les formules bientôt lucratives ou tape-à-l'oreille que le genre pouvait générer à l'époque, Mayall a élaboré (c'est lui qui compose) une musique finalement très personnelle et riche au vu du véhicule de départ, qui a assez bien vieillie, superbement et intelligemment arrangée, ce qui n'est pas le cas de tous ses contemporains, n'en déplaise aux aficionados du 12 mesures blanchi gonflé à l'électricité. D'ailleurs, c'est en se dirigeant vers une musique plus acoustique, sans batterie (comme ici sur l'album Empty Rooms) qu'il a peut-être gravé ses plus belles plages.
Excellent chanteur, bon parolier avec des textes plutôt mieux foutus que la moyenne crypto-hippie d'alors, multi-instrumentiste pointu mais jamais démonstratif, Mayall avait aussi une maturité (dans les 35 balais ici) et une soif (à tous les sens du terme d'ailleurs à l'époque) d'évolution qui lui a permis de tenter quelques trucs tout à fait audibles, qui s'insinuent en vous jusqu'à finalement faire partie d'une sorte de juke-box récurrent au fil des ans, comme parallèle à vos obsessions sonores habituelles, aux emballements saisonniers ou aux découvertes terminales.
Bref, de la matière, terrienne et aérienne à la fois, valable aussi bien pour les fins de soirées arrosées que pour les transports introspectifs ponctuels. On y trouve quoi alors, se dit LE lecteur fatigué ? Par exemple, un excellent septet cuivré (avec le fabuleux Dick Heckstall-Smith transfuge à l'époque du sous estimé Graham Bond Organization) sur la longue suite jazzy-blues " Bare Wires " et sur le reste de l'album ; des solos lumineux, puissants et cristallins à la fois de Mick Taylor tout au long de l'album Blues from Laurel Canyon - ce dernier marque certes un retour aux racines blues par rapport à son prédécesseur mais développe aussi des ambiances introspectives hypnotisantes en fin de disque (" Long gone midnight " et " Fly tomorrow ") ; du folk-jazz, en quartet sans batterie, tout au long d'Empty Rooms (Mayall s'est alors installé aux Etats-Unis, et développera ce style sur plusieurs albums) avec une excellente utilisation des cuivres et des claviers (jusqu'au moog sur " Lying in my bed ", fabuleux morceau qui sonne presque comme du pré-Suicide folk, mais stoppons là les frais …).
Buvez du vin.

John Mayall : Blues From Laurel Canyon (London / Deram), UK 1969

John Mayall, au sommet de sa forme créatrice, abandonne sa section de cuivres et ses tendances jazzy (Bare Wires, également excellent) pour revenir à un Blues épuré. Enregistré en 3 jours à l’été 1968 dans les studios Decca à Londres avec un nouveau line-up constitué depuis une semaine à peine, Blues From Laurel Canyon retrace avec simplicité et candeur les vacances de Mayall à Los Angeles et sa découverte de la cité des anges. Il retrouve par la même occasion une âme de bushman en visitant les canyons des alentours et préconise un retour à la nature avant de payer une visite à ses potes du groupe Canned Heat, attachés comme lui à la redécouverte d’un Blues authentique (The Bear avec son introduction calquée sur le célèbre On the Road Again). Le guitariste Mick Taylor y délivre des solos maîtrisés dans un style fluide et avec un son parfait tandis que Mayall lui-même est parfait au chant, à l'harmonica, à l'orgue et à la seconde guitare. La musique coule d’un thème à l’autre sans interruption portée par une rythmique aussi subtile qu’efficace, composée de Colin Allen à la batterie et de Stephen Thompson à la basse. Mine de rien, Mayall venait d’enregistrer son plus bel album (sans les Bluesbreakers) et l’un des meilleurs du British Blues mais il ne fera rien pour garder son quartet magique : Taylor, dévoyé par Jagger, rejoindra le groupe mythique des Rolling Stones pour quelques uns de leurs grands opus (Sticky Fingers et Exile on Main Street) tandis que Colin Allen intègrera l’éphémère mais excellent Stone The Crows avec la chanteuse Maggie Bell et le guitariste Les Harvey. Seul Thompson restera fidèle au bluesman pour un autre album exemplaire enregistré en acoustique et sans batterie (The Turning Point, 1969).